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Activité physique et lymphome


La recherche court après les preuves

« VOUS AVEZ UN LYMPHOME ? FAITES DU SPORT ! » Le message aurait de quoi déboussoler plus d’un patient, tant l’idée reçue que « lymphome = repos » est encore répandue. Pourtant, c’est à peu près ce que l’on entend depuis quelques mois au service hématologie de Becquerel à Rouen. Depuis mars 2018, le centre de lutte contre le cancer a rejoint ceux de Saint-Louis, Gustave-Roussy, Grenoble, Nice, Nîmes, Clermont-Ferrand ou encore la Pitié-Salpêtrière, dans la nouvelle famille des services hématologie les plus « sportifs ». En lien avec la fédération nationale Cami sport et cancer, fondée par l’oncologue Thierry Bouillet et l’ancien karatéka Jean-Marc Descotes, un coach diplômé vient donner des cours aux patients hospitalisés plus de deux semaines, directement dans leur chambre. On parle alors davantage d’activité physique (AP) que de sport à proprement parler. La notion de performance est ici complètement oubliée et chaque dépense énergétique, même à faible intensité, peut s’avérer bénéfique.

« Ce sont eux qui sont venus nous trouver », se souvient Fabrice Jardin, chef du département hématologie clinique du centre normand. Ce n’est pas une surprise quand on sait que ce service, notamment connu pour travailler sur les biopsies liquides - ces détections de lymphome par une simple prise de sang - a été à l’avant-garde de la recherche en matière de fonte musculaire. Marathonien à ses heures perdues, celui qui se dit « convaincu des bienfaits du sport », a pu bénéficier d’une bourse de France Lymphome Espoir pour développer son étude visant à mettre en lumière l’importance de la masse musculaire dans le pronostic de survie des patients. La méthode, il la raconte : « Nous avons évalué la masse musculaire des patients avec un lymphome diffus à grandes cellules, grâce aux scanners réalisés pendant les bilans de la maladie. Cette surface musculaire peut varier en fonction de l’âge, de la pratique d’AP ou encore du sexe. Quand on a une baisse de cette surface musculaire, on parle de sarcopénie. La maladie et l’inflammation produite par la maladie peuvent aussi participer à cette fonte. Ce que l’on a montré, c’est que ce déficit musculaire s’associe à un plus mauvais pronostic chez les patients atteints de sarcopénie. » L’étude montre notamment qu’avec une masse musculaire insuffisante, la probabilité de survie d’un patient diminue de près de 15 %. À cela s’ajoutent une « moins bonne réponse aux traitements et un plus grand impact sur la maladie », détaille l’hématologue. Les chercheurs expliquent que c’est le lymphome qui va créer une inflammation, elle-même responsable directement de la fonte musculaire des patients.

Un impact important sur la survie

Confirmés par plusieurs autres publications, les résultats de cette étude laissent donc penser que pratiquer une AP peut améliorer l’efficacité des traitements et augmenter la probabilité de survie des patients. « Avec l’AP, il peut y avoir une réversibilité des choses. On peut stopper la fonte musculaire. » Un espoir de taille pour des patients parfois sonnés par l’annonce d’un diagnostic de lymphome, ou encore par des traitements lourds. Fabrice Jardin le confesse : « C’est à nous de faire attention à ce que les traitements ne soient pas trop délétères et permettent aux gens de bouger. S’ils sont bloqués au lit, cela va engendrer une grosse fonte musculaire. » Il cite alors une étude publiée cette année et portant sur 5 000 patients américains et allemands atteints de cancers et de lymphomes, qui démontre que la survie était meilleure (+ 36 %) quand ces derniers avaient pratiqué une AP de 4 heures par semaine avant et pendant leur prise en charge.

Largement étudiée en cancérologie, l’AP aurait également un impact bénéfique sur la fatigue pour les patients atteints de lymphomes. Présentée en 2011 dans l’European Journal of Hematology, une étude menée par des chercheurs de Cologne (Allemagne) a démontré que la pratique d’une AP sur des patients subissant de la chimiothérapie dans le cadre d’une greffe de cellules-souches, leur permettait d’être plus endurants, moins fatigués et en meilleur état émotionnel, « sans présenter de risque supplémentaire pour l’individu ». S’essouffler en faisant du sport permet donc d’être moins fatigué. « Le bénéfice est certain », insiste Fabrice Jardin, qui a déjà pu le constater au terme des premiers mois de cours de l’enseignant de la Cami à Becquerel. Comment expliquer ce bienfait pourtant contraire à l’intuition ? Pour Stéphanie Ranque-Garnier, spécialiste de la douleur à l’hôpital de la Timone, à Marseille, « ce sont les myokines, des molécules produites par les muscles, qui vont lutter contre d’autres molécules, les cytokines inflammatoires, responsables de la fonte musculaire et de la fatigue. Elles ne sont produites que par contraction musculaire et leurs bienfaits ne durent pas plus de 72 heures, c’est pourquoi il faut une dose de contraction, d’au moins 30 minutes, cinq fois par semaine. »

« Un manque d’études de mise en application »

Ce sont ces études scientifiques encourageantes qui ont convaincu le service hématologie de Becquerel, et bien d’autres en France, de proposer ces programmes AP avec la Cami, à chaque patient hospitalisé pour une longue période. En consultation, le sujet est même souvent évoqué. « C’est dans l’air du temps, croit savoir Fabrice Jardin, depuis que les bénéfices ont été largement montrés dans les cancers du sein ou du côlon ». Pour les lymphomes, « on a un peu de retard », concède le chef de service qui regrette « le manque d’études de mise en application. »

Cette prise de conscience récente devrait apporter des réponses plus concrètes d’ici une dizaine d’années. Ce qui ne suffira pas à combler le retard scientifique vis-à-vis de la recherche sur les cancers du sein ou du côlon, par exemple. Car le lymphome met en jeu des mécanismes différents. « Avec les hémopathies comme le lymphome, on a souvent des douleurs osseuses qui limitent la mobilité. Les patients sont parfois confinés en chambres stériles, des thérapies avec des corticoïdes peuvent participer à la fonte musculaire. Les patients sont souvent anémiques, ils manquent de globules rouges et ont les sensations des alpinistes en haute montagne : ils manquent d’air. Bref, il y a probablement plus de freins pour pratiquer avec le lymphome. » Pour autant, aucune étude ne laisse à penser que la pratique serait moins bénéfique que dans les cancers les plus fréquents.

Dans de telles pathologies, la recherche indique que même des exercices à basse intensité peuvent produire des bénéfices importants sur la fatigue, la douleur, les effets indésirables des médicaments, la qualité de vie, l’estime de soi ou encore la cardiotoxicité des traitements, comme l’indiquait l’Institut national du cancer dans un rapport publié en 2017. Des hypothèses sur la baisse conséquente du risque de récidive (près de 30 % pour le cancer du sein) sont avancées, mais doivent être confirmées et étendues au lymphome. L’espoir est permis. D’autant qu’il n’y a nul besoin d’être un grand sportif pour ressentir des bienfaits immédiats. À l’hôpital de la Timone, Stéphanie Ranque-Garnier indique avoir effectué des travaux avec des patients alités, en soins palliatifs : « Ils bougeaient simplement les bras, en faisant des exercices simples pendant plusieurs minutes. Pourtant, l’impact sur leur perception de la fatigue était réel. » Désormais, plus d’excuses pour laisser les baskets au placard !

LD et VG


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